L’histoire du Prophète Sulaymân (عليه السلام)
Le roi qui possédait le monde sans jamais lui appartenir
Il y eut un roi dont le royaume dépassa tout ce que l’humanité avait connu. Un roi à qui le vent obéissait, à qui les jinns travaillaient, et dont les armées rassemblaient hommes, animaux et créatures invisibles. Pourtant, jamais son cœur ne s’attacha à ce pouvoir.
Ce roi était le Prophète Sulaymân (عليه السلام).
Selon la tradition hanafite, son histoire n’est pas celle d’un homme dominé par la grandeur, mais celle d’un serviteur continuellement éprouvé par les bienfaits.
Un enfant élevé dans la sagesse prophétique
Sulaymân grandit dans la maison de son père, le Prophète Dâwûd (عليه السلام). Très jeune, il se distingua par une intelligence profonde et une compréhension subtile des situations humaines.
Un jour, un différend fut présenté à Dâwûd : un champ avait été détruit par des moutons errants. Dâwûd rendit un jugement juste. Mais Allah inspira à Sulaymân une solution encore plus équilibrée. Le Coran dit :
« Nous fîmes comprendre le jugement à Sulaymân. »
Les savants hanafites expliquent que cet épisode annonçait déjà ce qui allait venir : une sagesse accordée par Allah, non acquise par l’âge ou le statut.
L’héritier de Dâwûd : prophète et roi
Lorsque Dâwûd quitta ce monde, Sulaymân hérita de lui. Non pas de richesses matérielles, car les prophètes ne laissent pas d’héritage mondain, mais de ce qui est bien plus lourd :
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la prophétie
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la science
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la responsabilité du royaume
« Et Sulaymân hérita de Dâwûd. »
À peine monté sur le trône, Sulaymân comprit que ce pouvoir n’était pas un privilège, mais une épreuve immense.
Une invocation qui changea l’histoire
Conscient de ses limites humaines, Sulaymân leva les mains vers Allah et fit une invocation unique :
« Seigneur, pardonne-moi et accorde-moi un royaume que nul après moi ne possédera. »
Ce n’était pas une demande d’orgueil. Les savants hanafites expliquent qu’il voulait un royaume si particulier qu’il serait une preuve éclatante de la prophétie, et non une tentation pour les rois injustes après lui.
Allah exauça sa demande.
Un royaume soumis à la volonté d’Allah
À partir de ce jour, Sulaymân reçut des dons que nul autre n’eut :
Le vent le portait là où il le souhaitait.
Les animaux lui parlaient, et il les comprenait.
Les jinns travaillaient sous ses ordres, construisant, plongeant, façonnant.
Un jour, alors que son immense armée avançait, une fourmi cria à ses semblables de rentrer dans leurs demeures. Sulaymân entendit ses paroles, sourit, puis s’arrêta.
Il ne se réjouit pas de son pouvoir. Il dit seulement :
« Seigneur, inspire-moi pour que je Te remercie. »
Ainsi était Sulaymân : la grandeur ne l’éloignait jamais de l’humilité.
La rencontre avec la reine de Saba
Parmi les événements les plus marquants de sa vie figure sa rencontre avec la reine de Saba, connue sous le nom de Bilqîs.
Informé qu’un peuple adorait le soleil, Sulaymân ne répondit ni par la guerre ni par la menace. Il envoya une lettre, courte mais puissante :
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ne vous montrez pas hautains et venez à moi en toute soumission. »
Bilqîs reconnut immédiatement qu’il ne s’agissait pas d’un roi ordinaire. Elle vint à sa rencontre. Sulaymân lui montra alors, non pas sa force, mais les signes d’Allah : son trône déplacé en un instant, puis un palais au sol de verre si pur qu’elle le confondit avec de l’eau.
Face à cette vérité, elle déclara :
« Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même. Je me soumets avec Sulaymân à Allah, Seigneur des mondes. »
Selon de nombreux savants sunnites, dont des hanafites, Bilqîs embrassa l’islam.
Certains rapports mentionnent qu’elle devint ensuite l’épouse de Sulaymân, un avis accepté sans être affirmé comme certitude, car le Coran n’en fait pas un point central.
👉 Ce qui compte, selon la tradition hanafite, ce n’est pas le mariage lui-même, mais le fait que la vérité fut acceptée sans contrainte.
Sulaymân, ses épouses et la leçon de la volonté divine
Sulaymân avait plusieurs épouses, comme cela était permis dans sa loi. Un jour, animé d’une intention noble, il espéra que chacune d’elles donne naissance à un enfant combattant pour la cause d’Allah.
Mais il oublia de dire : in shâ’ Allah.
Un seul enfant naquit, et il était incomplet.
Le Prophète Muhammad ﷺ expliqua que si Sulaymân avait mentionné la volonté divine, son souhait aurait été exaucé.
👉 Les savants hanafites y voient une leçon essentielle :
même les prophètes sont éduqués par Allah, afin que l’humanité comprenne que tout dépend de Lui.
Une mort silencieuse, un rappel puissant
Sulaymân mourut debout, appuyé sur son bâton, tandis que les jinns continuaient à travailler, croyant qu’il était encore en vie. Ce n’est que lorsque son bâton se brisa qu’ils réalisèrent sa mort.
Ainsi, Allah montra au monde que :
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les jinns ne connaissent pas l’invisible
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le pouvoir, même immense, s’éteint
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seul Allah demeure
Conclusion : la royauté du cœur
Dans la tradition hanafite, Hz Sulaymân (عليه السلام) n’est pas seulement le roi le plus puissant de l’histoire. Il est la preuve que l’on peut posséder le monde sans que le monde ne possède le cœur.
Son histoire nous enseigne que :
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la richesse est une épreuve
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le pouvoir est une responsabilité
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et la vraie grandeur est la reconnaissance envers Allah
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