Hadith n° 4 — Riyâd as-Sâlihîn

Publié le 15 août 2026 à 14:54

عن أبي عبد الله جابر بن عبد الله الأنصاري رضي الله عنهما قال:

كُنَّا مَعَ النَّبِيِّ ﷺ فِي غَزَاةٍ، فَقَالَ: إِنَّ بِالْمَدِينَةِ لَرِجَالًا مَا سِرْتُمْ مَسِيرًا وَلَا قَطَعْتُمْ وَادِيًا إِلَّا كَانُوا مَعَكُمْ، حَبَسَهُمُ الْمَرَضُ.

Traduction

Jâbir ibn ʿAbd Allâh رضي الله عنهما rapporte :

« Nous étions en expédition avec le Prophète ﷺ lorsqu’il dit : “Il y a à Médine des hommes qui, chaque fois que vous parcourez une distance ou traversez une vallée, sont avec vous. La maladie les a retenus.” »

Dans une autre version de Muslim, le sens est précisé : ils partagent avec les combattants la récompense.

Rapporté par Muslim, n° 1911.

🌱 Le sens profond du hadith

Ce hadith montre avec beaucoup de force que l’intention sincère peut permettre à une personne empêchée d’accomplir une œuvre d’obtenir sa récompense.

Ces hommes étaient restés à Médine. Physiquement, ils n’avaient :

  • ni parcouru les routes,
  • ni traversé les vallées,
  • ni supporté les fatigues du voyage avec leurs compagnons.

Pourtant, le Prophète ﷺ dit qu’ils étaient avec eux.

Pourquoi ?

Parce qu’ils avaient réellement voulu participer, mais qu’un empêchement indépendant de leur volonté — ici la maladie — les en avait empêchés.

« Ils étaient avec vous »

Cela ne signifie évidemment pas qu’ils se trouvaient physiquement au même endroit.

Cela signifie qu’ils étaient associés à eux dans la récompense en raison de leur intention sincère et de leur excuse réelle. Un commentaire de Sahîh Muslim explique précisément qu’ils étaient avec eux non par leurs corps, mais par leur participation à la récompense.

C’est pourquoi an-Nawawî explique que ce hadith démontre le mérite de l’intention dans le bien : celui qui désire accomplir une œuvre d’obéissance mais qu’un empêchement véritable survient peut recevoir la récompense correspondant à son intention. Il ajoute que plus son regret sincère de ne pas pouvoir accomplir cette œuvre et son désir de la réaliser sont grands, plus cela augmente son mérite.


💜 Une leçon qui dépasse le contexte de l’expédition

Le principe est beaucoup plus large.

Imagine une personne qui avait sincèrement l’intention :

  • d’aller à la prière en groupe, mais tombe malade ;
  • d’assister à un cours religieux, mais est empêchée ;
  • d’aider quelqu’un, mais une circonstance réelle l’en empêche ;
  • d’accomplir une bonne œuvre qu’elle avait véritablement décidé de faire.

Lorsque l’intention est sincère et que l’empêchement est réel, le croyant ne doit pas considérer que son intention n’avait aucune valeur. Le commentaire d’Ibn Bâz sur ce passage souligne précisément que la bonne intention peut faire rejoindre, dans la récompense, celui qui agit lorsque l’autre aurait réellement agi s’il en avait eu la capacité.

Cela rejoint parfaitement le premier hadith de Riyâd as-Sâlihîn :

« Les actes ne valent que par les intentions. »

C’est pour cela qu’an-Nawawî place ces premiers hadiths les uns à la suite des autres : ils montrent progressivement la puissance de la niyya — l’intention.


⚠️ Il ne suffit pas simplement de dire : « J’avais l’intention »

Le hadith parle de personnes qui voulaient réellement participer, mais qu’une maladie avait retenues.

Il ne faut donc pas transformer ce principe en :

« Je n’ai rien fait, mais puisque j’y ai pensé, j’ai forcément la même récompense. »

La différence essentielle est entre :

« J’aurais réellement accompli cette œuvre si j’avais pu »

et

« J’aime vaguement l’idée de l’accomplir, mais je n’avais pas réellement décidé de le faire. »

Le commentaire d’an-Nawawî relie explicitement la récompense à une intention authentique accompagnée d’un empêchement réel.


📖 La version rapportée par al-Bukhârî

An-Nawawî mentionne également une version rapportée d’après Anas ibn Mâlik رضي الله عنه.

Après l’expédition de Tabûk, le Prophète ﷺ expliqua qu’il y avait derrière eux, à Médine, des hommes qui les avaient accompagnés dans la récompense à chaque chemin et vallée parcourus, parce qu’une excuse valable les avait retenus. Cette version se trouve dans Sahîh al-Bukhârî, n° 2839, au chapitre consacré à celui qu’une excuse empêche de participer.

La formulation de Muslim parle spécifiquement de la maladie, tandis que celle d’al-Bukhârî emploie le terme plus général « l’excuse » — العذر.


📚 Références

  • Riyâd as-Sâlihîn, hadith n° 4, chapitre 1 : Al-Ikhlâs wa ihdâr an-niyya — la sincérité et la présence de l’intention.
  • Sahîh Muslim, n° 1911, d’après Jâbir ibn ʿAbd Allâh رضي الله عنهما.
  • Sahîh al-Bukhârî, n° 2839, d’après Anas ibn Mâlik رضي الله عنه.
  • Sharh Sahîh Muslim d’an-Nawawî : mérite de la bonne intention lorsque l’accomplissement de l’œuvre est empêché par une excuse.

🌸 En une phrase

Le hadith n° 3 nous enseigne que certaines œuvres peuvent disparaître mais que l’intention demeure ; le hadith n° 4 va encore plus loin : une intention sincère, lorsque seule une véritable incapacité empêche l’action, peut faire participer le croyant à la récompense de ceux qui ont effectivement accompli l’œuvre.

 
 

 

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.