🌿 Hadith n° 5 — Riyâd as-Sâlihîn

Publié le 15 août 2026 à 15:53

عن أبي يزيد معن بن يزيد بن الأخنس رضي الله عنهم قال :

كَانَ أَبِي يَزِيدُ أَخْرَجَ دَنَانِيرَ يَتَصَدَّقُ بِهَا، فَوَضَعَهَا عِنْدَ رَجُلٍ فِي الْمَسْجِدِ، فَجِئْتُ فَأَخَذْتُهَا فَأَتَيْتُهُ بِهَا، فَقَالَ: وَاللَّهِ مَا إِيَّاكَ أَرَدْتُ، فَخَاصَمْتُهُ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ ﷺ، فَقَالَ: «لَكَ مَا نَوَيْتَ يَا يَزِيدُ، وَلَكَ مَا أَخَذْتَ يَا مَعْنُ».

رواه البخاري

Le récit figure dans Sahîh al-Bukhârî, n° 1422, dans le Livre de la Zakât, sous un chapitre consacré au cas où quelqu’un fait une aumône qui parvient à son fils sans qu’il le sache.

🇫🇷 Traduction

Maʿn ibn Yazîd رضي الله عنه rapporte :

« Mon père Yazîd avait mis de côté un certain nombre de dinars afin de les donner en aumône. Il les confia à un homme dans la mosquée. Je vins auprès de cet homme, pris les dinars puis les apportai à mon père.

Il me dit : “Par Allah ! Ce n’est pas à toi que je voulais les donner.”

Je portai alors l’affaire devant le Messager d’Allah ﷺ, qui dit :

“Ô Yazîd, tu auras ce que tu avais eu l’intention de faire ; et toi, ô Maʿn, tu peux garder ce que tu as pris.” »

Le sens de cette traduction correspond au récit conservé par al-Bukhârî.

💚 Que s’est-il passé exactement ?

Yazîd رضي الله عنه voulait accomplir une sadaqa, une aumône. Il prit donc des dinars et les confia à un homme présent dans la mosquée afin que celui-ci les remette à quelqu’un qui en avait besoin.

Son fils Maʿn vint ensuite auprès de cet homme et reçut les dinars. Il retourna avec eux auprès de son père.

Lorsque Yazîd vit que son propre fils avait reçu l’argent, il lui dit en substance :

« Ce n’est pas toi que j’avais en tête lorsque j’ai décidé de donner cette aumône ! »

Le problème n’était donc pas que Yazîd regrettait d’avoir donné pour Allah. Il voulait réellement donner. Mais le bénéficiaire final n’était pas celui qu’il imaginait.

Ils allèrent donc demander au Prophète ﷺ de trancher.

Et sa réponse est magnifique :

🌱 « Ô Yazîd, tu auras ce que tu avais eu l’intention de faire »

لَكَ مَا نَوَيْتَ يَا يَزِيدُ

Voilà précisément pourquoi an-Nawawî place ce hadith dans le chapitre de l’intention.

Yazîd avait sincèrement voulu donner cet argent en aumône à quelqu’un dans le besoin. Même si l'argent est finalement arrivé entre les mains de son propre fils, son intention d'accomplir la sadaqa n'a pas été annulée. Ibn Hajar explique que Yazîd avait voulu donner à une personne nécessiteuse et que son fils entrait effectivement dans cette catégorie ; l'aumône avait donc atteint une personne ayant besoin d'elle, même si Yazîd n'avait pas pensé précisément à son fils.

Autrement dit :

Allah regarde l’intention sincère avec laquelle l’acte a été accompli, même lorsque le résultat concret n’est pas exactement celui que nous avions imaginé. 🌿


🌸 « Et toi, Maʿn, tu peux garder ce que tu as pris »

وَلَكَ مَا أَخَذْتَ يَا مَعْنُ

Le Prophète ﷺ ne demanda pas à Maʿn de rendre les dinars.

Pourquoi ?

Parce qu’il les avait reçus d’une manière valable de la personne à laquelle Yazîd avait confié la distribution de l’aumône. Les commentateurs expliquent que Maʿn pouvait donc conserver ce qu’il avait reçu.

Nous avons ainsi deux personnes, et chacune obtient son droit :

Yazîd : la récompense correspondant à son intention sincère.

Maʿn : les dinars qu’il avait légitimement reçus.

Et c’est remarquable : le Prophète ﷺ n’annule ni l’un ni l’autre.


💜 Une grande leçon sur l’intention

Ce hadith nous apprend quelque chose de très utile dans la vie quotidienne.

Une personne peut entreprendre une bonne œuvre avec une intention sincère, puis les événements ne se déroulent pas exactement comme prévu.

Elle voulait aider telle personne, mais son aide profite finalement à quelqu’un d’autre.

Elle voulait obtenir tel résultat par une bonne action, mais Allah fait prendre à cette action une autre direction.

Cela ne signifie pas nécessairement que son intention initiale est perdue.

Le cœur du hadith est la parole :

لَكَ مَا نَوَيْتَ

« Tu auras ce que tu as eu l’intention de faire. »

C’est précisément ce que les commentateurs retiennent comme preuve du rôle central de la niyya dans les bonnes œuvres.


🪙 Pourquoi son père ne voulait-il pas lui donner directement ?

Le hadith dit seulement :

« Par Allah, ce n’est pas toi que je visais. »

Il ne dit pas que Yazîd refusait d’aider son fils ou qu’il y avait un conflit familial.

Ibn Hajar mentionne plusieurs explications possibles : Yazîd souhaitait peut-être que cette somme bénéficie à une personne extérieure à sa famille, ou pensait qu'une autre personne serait prioritaire. L'essentiel est qu'il avait confié l'argent à quelqu'un pour le distribuer et n'avait pas envisagé que son propre fils en serait le bénéficiaire.


⚖️ Sadaqa volontaire et Zakât : une distinction importante

Les commentateurs comprennent ici qu'il s'agit d'une aumône volontaire. Il ne faut donc pas déduire de ce seul hadith qu'un père peut simplement donner sa Zakât obligatoire à un enfant dont l'entretien lui incombe.

Le commentaire cité dans Fath al-Bârî explique précisément que le récit concerne apparemment une sadaqa de caractère volontaire.

Cette distinction est importante : les règles détaillées de la Zakât obligatoire concernant les parents, les enfants et les personnes dont on assume financièrement l'entretien sont plus spécifiques.


🤲 On peut confier son aumône à quelqu’un

Un autre enseignement pratique apparaît dans le récit.

Yazîd n’a pas distribué personnellement les dinars. Il les a remis à un homme dans la mosquée chargé de les donner.

Cela montre la possibilité de charger une personne digne de confiance de distribuer une aumône pour soi. Le commentaire de Riyâd as-Sâlihîn comprend bien cet homme comme un intermédiaire autorisé à remettre l’argent à quelqu’un qui en avait besoin.


🌿 Le lien avec les quatre premiers hadiths

La succession choisie par an-Nawawî devient très belle :

Hadith n° 1 :
Les actes valent selon les intentions.

Hadith n° 2 :
Des personnes accomplissent extérieurement la même action, mais seront ressuscitées selon leurs intentions.

Hadith n° 3 :
Après la conquête de La Mecque, une forme particulière de Hijra cesse, mais l’intention demeure.

Hadith n° 4 :
Celui qui voulait sincèrement accomplir une bonne œuvre mais en a été empêché peut recevoir une récompense pour son intention.

Hadith n° 5 :
Même lorsque le résultat de notre bonne action n’est pas exactement celui que nous avions prévu, l’intention sincère reste prise en compte.

C’est donc toujours la même grande idée : Allah ne considère pas seulement ce qui apparaît extérieurement ; la niyya donne à l’acte sa véritable valeur. Le placement de ce récit dans le chapitre de la sincérité et de l'intention confirme cette lecture.

📚 Références

  • Riyâd as-Sâlihîn, hadith n° 5, chapitre de la sincérité et de l’intention.
  • Sahîh al-Bukhârî, n° 1422, Livre de la Zakât, Livre 24, hadith 26 dans la numérotation interne affichée par Sunnah.com.
  • Fath al-Bârî d’Ibn Hajar, commentaire du hadith : Yazîd reçoit la récompense de son intention, tandis que Maʿn avait valablement reçu l'aumône.

🌸 À retenir

« لَكَ مَا نَوَيْتَ يَا يَزِيدُ »
« Ô Yazîd, tu auras ce que tu avais eu l’intention de faire. »

C'est une parole très réconfortante : fais sincèrement le bien pour Allah ; même lorsque le résultat échappe à ce que tu avais prévu, ton intention sincère n'est pas perdue. 🌿

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