Riyâd as-Sâlihîn – Hadith n°9 : Quand deux musulmans se combattent

Publié le 16 août 2026 à 01:41

Dans ce neuvième hadith de Riyâd as-Sâlihîn, l’imam An-Nawawî رحمه الله nous transmet une parole particulièrement forte du Prophète ﷺ concernant la gravité du sang versé entre musulmans.

Mais ce hadith contient aussi une leçon plus profonde : Allah ne juge pas uniquement l’acte qui a finalement été accompli, Il connaît également l’intention ferme qui se trouvait dans le cœur et les démarches entreprises pour la réaliser.

C’est d’ailleurs pour cette raison que l’imam An-Nawawî place ce hadith dans le premier chapitre de Riyâd as-Sâlihîn :

باب الإخلاص وإحضار النية
« La sincérité et la présence de l’intention dans les actes et les paroles, apparents comme cachés. »

📜 Le texte du hadith en arabe

عن أبي بَكْرَةَ نُفَيْعِ بْنِ الحَارِثِ الثَّقَفِيِّ رضي الله عنه، أنَّ النَّبِيَّ ﷺ قَالَ:

« إِذَا الْتَقَى الْمُسْلِمَانِ بِسَيْفَيْهِمَا فَالْقَاتِلُ وَالْمَقْتُولُ فِي النَّارِ »

قُلْتُ: يَا رَسُولَ اللهِ، هَذَا الْقَاتِلُ، فَمَا بَالُ الْمَقْتُولِ؟

قَالَ:

« إِنَّهُ كَانَ حَرِيصًا عَلَى قَتْلِ صَاحِبِهِ »

متفق عليه

Le texte figure comme hadith n°9 de Riyâd as-Sâlihîn et est rapporté à la fois par Al-Bukhârî et Muslim.

🔤 Translittération

D’après Abû Bakrah Nufayʿ ibn Al-Ḥârith Ath-Thaqafî رضي الله عنه, le Prophète ﷺ a dit :

« Idhâ iltaqâ al-muslimâni bi-sayfayhimâ, fal-qâtilu wal-maqtûlu fin-nâr. »

Il demanda :

« Yâ Rasûl Allâh, hâdhâ al-qâtilu, famâ bâlu al-maqtûl ? »

Le Prophète ﷺ répondit :

« Innahu kâna ḥarîṣan ʿalâ qatli ṣâḥibih. »

 


 

🇫🇷 Traduction française

Abû Bakrah رضي الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ a dit :

« Lorsque deux musulmans s’affrontent avec leurs sabres, le tueur et le tué sont dans le Feu. »

Abû Bakrah demanda :

« Ô Messager d’Allah ! Pour le tueur, nous comprenons, mais qu’en est-il de celui qui a été tué ? »

Le Prophète ﷺ répondit :

« Il désirait ardemment tuer son compagnon. »

Cette traduction restitue le sens du texte arabe. Une traduction française de référence donne le même sens et précise que le tué cherchait lui aussi à tuer son adversaire.

 


 

📚 Références du hadith

Rapporteur : Abû Bakrah Nufayʿ ibn Al-Ḥârith Ath-Thaqafî رضي الله عنه.

Riyâd as-Sâlihîn : hadith n°9, chapitre de la sincérité et de l’intention.

Ṣaḥîḥ Al-Bukhârî : hadith n°31, Livre de la foi (Kitâb al-Îmân).

Ṣaḥîḥ Muslim : hadith n°2888a, Livre des troubles et des signes de l’Heure.

Le hadith est donc muttafaqun ʿalayh — متفق عليه, c’est-à-dire rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.

 


 

🧠 Commentaire du hadith

1. Pourquoi le tueur est-il menacé ?

La première partie semble immédiatement compréhensible.

Un homme cherche volontairement à tuer un autre musulman et finit par le tuer. Le fait de verser injustement le sang d’un croyant fait partie des fautes les plus graves.

Le Coran adresse d’ailleurs une menace extrêmement sévère concernant le meurtre intentionnel d’un croyant.

Mais la véritable question posée dans ce hadith concerne l’autre personne.

Pourquoi celui qui a été tué est-il lui aussi menacé alors qu’il n’a finalement tué personne ?

 


 

2. « Il désirait tuer son compagnon »

Le Prophète ﷺ répond :

« إِنَّهُ كَانَ حَرِيصًا عَلَى قَتْلِ صَاحِبِهِ »

« Il désirait ardemment tuer son compagnon. »

Voilà le cœur du hadith.

Celui qui a été tué n’était pas simplement une victime innocente prise au dépourvu. Il participait lui aussi à l’affrontement avec la volonté de tuer son adversaire.

La seule chose qui l’a empêché de commettre le meurtre est que son adversaire l’a devancé. L’explication du hadith souligne précisément que chacun des deux s’était engagé dans le combat avec l’intention de tuer l’autre.

Ainsi, extérieurement :

  • l’un a tué ;
  • l’autre a été tué.

Mais intérieurement, les deux poursuivaient le même objectif criminel.

 


 

❤️ 3. Une immense leçon sur l’intention

Ce hadith explique pourquoi An-Nawawî l’a intégré au chapitre consacré à la niyyah — النية, l’intention.

L’intention n’est pas une chose secondaire.

Deux personnes peuvent ne pas avoir accompli exactement le même acte extérieur, mais partager une même volonté intérieure et avoir toutes deux entrepris les moyens nécessaires pour la réaliser.

Le hadith nous apprend ainsi qu’il existe une différence entre :

une pensée passagère, qui traverse simplement l’esprit,

et

une résolution ferme accompagnée d’une démarche concrète pour commettre le mal.

Dans ce récit, le tué n’avait pas simplement imaginé le meurtre : il s’était engagé dans l’affrontement avec la volonté de tuer son adversaire. L’explication du hadith mentionne précisément la détermination intérieure accompagnée de l’engagement dans les causes menant à la désobéissance.

 


 

⚔️ 4. Le sabre est-il le seul cas concerné ?

Non.

Le sabre était l’une des armes habituelles de l’époque, mais le principe du hadith ne dépend pas exclusivement de cet objet.

L’explication de ce hadith précise que la mention du sabre sert ici d’exemple : la leçon concerne l’affrontement meurtrier lui-même, quel que soit le moyen utilisé.

Le message reste donc parfaitement compréhensible aujourd’hui :

chercher injustement à ôter la vie à son frère musulman est une faute d’une extrême gravité.

 


 

☝️ 5. Attention : le hadith ne dit pas que toute personne tuée va en Enfer

C’est une précision essentielle.

Le Prophète ﷺ ne dit évidemment pas que toute victime d’un meurtre est coupable.

Dans ce hadith précis, le tué est menacé parce qu’il voulait lui-même tuer son adversaire et participait activement à l’affrontement.

Une personne attaquée injustement ou une victime qui ne cherchait pas à assassiner son agresseur n’entre donc pas automatiquement dans le cas décrit ici.

C’est précisément la réponse du Prophète ﷺ qui explique la raison de la menace :

« Il désirait tuer son compagnon. »

 


 

6. Le hadith parle toujours de « deux musulmans »

Un autre détail mérite une grande attention.

Le Prophète ﷺ dit :

« إِذَا الْتَقَى الْمُسْلِمَانِ »

« Lorsque les deux musulmans s’affrontent… »

Malgré la gravité de leur acte, il les désigne donc encore comme musulmans.

L’une des leçons traditionnellement tirées de ce hadith est qu’un grand péché ne fait pas automatiquement sortir son auteur de l’Islam. L’explication de référence du hadith souligne expressément ce point.

La menace du Feu reste toutefois extrêmement grave et ne doit jamais être minimisée.

 


 

🤝 7. L’Islam appelle à la réconciliation

Le Coran donne une orientation très différente de celle de la vengeance et de l’escalade.

Allah dit au sujet de deux groupes de croyants qui en viennent au conflit qu’il faut chercher à rétablir la paix entre eux avec justice. Le verset suivant rappelle ensuite que les croyants sont frères et appelle à la réconciliation.

Le principe est donc clair :

le conflit ne doit pas devenir une excuse pour laisser la haine conduire jusqu’au sang.

Lorsque la colère monte, le croyant doit chercher les moyens permis de résoudre le différend : dialogue, justice, médiation, pardon lorsque celui-ci est possible et retour au calme.

 


 

🌱 Les grandes leçons à retenir

1. Le sang du musulman est sacré

Ce hadith contient une mise en garde extrêmement sévère contre le fait de transformer un conflit en affrontement meurtrier.

2. L’intention peut avoir des conséquences immenses

Allah connaît ce qui se trouve dans les cœurs.

Le tué est ici concerné par la menace non parce qu’il a effectivement commis le meurtre, mais parce qu’il le voulait fermement et avait commencé à agir dans ce sens.

3. Il faut maîtriser sa colère avant qu’elle ne devienne incontrôlable

Une dispute peut commencer par quelques paroles, puis devenir hostilité, haine et finalement violence.

Le croyant cherche donc à arrêter le conflit avant qu’il n’atteigne un point où les conséquences deviennent irréversibles.

4. Être victime dans l’issue finale ne signifie pas nécessairement être innocent dans l’intention

Dans le cas décrit par le hadith, celui qui a été tué était lui aussi engagé dans l’affrontement avec l’intention de tuer.

Le hadith nous apprend ainsi à ne pas juger une situation uniquement sur son résultat extérieur.

5. La réconciliation est une voie privilégiée

Le Coran ordonne de rechercher la réconciliation entre croyants en conflit et de le faire avec justice.

 


 

💭 Une leçon pour notre vie quotidienne

Nous ne portons peut-être pas de sabres, mais le principe de ce hadith commence bien avant le passage à la violence physique.

Il nous invite à observer ce qui grandit dans notre cœur :

Est-ce que je nourris ma colère ?
Est-ce que je souhaite réellement du mal à quelqu’un ?
Est-ce que mon orgueil m’empêche de chercher la paix ?
Est-ce que je suis en train d’alimenter un conflit alors que je pourrais l’apaiser ?

Les grandes catastrophes commencent parfois par une colère que l’on a refusé de maîtriser.

Le croyant ne doit donc pas seulement empêcher sa main de commettre le mal : il doit également éduquer son cœur, purifier son intention et arrêter les causes qui pourraient le conduire à l’injustice.

 


 

🌸 Phrase à retenir

La foi ne nous apprend pas seulement à ne pas verser le sang : elle nous apprend à purifier notre cœur de l’intention injuste qui pourrait un jour conduire à le verser.

Et lorsque deux croyants sont en conflit, la voie recherchée doit être celle de la justice, de la maîtrise de soi et de la réconciliation.

 


 

📚 Sources et références

Riyâd as-Sâlihîn, imam An-Nawawî رحمه الله, hadith n°9, chapitre Bâb al-Ikhlâṣ wa Iḥḍâr an-Niyyah.

Ṣaḥîḥ Al-Bukhârî, Kitâb al-Îmân, hadith n°31.

Ṣaḥîḥ Muslim, Kitâb al-Fitan wa Ashrâṭ as-Sâʿah, hadith n°2888a.

Encyclopédie des paroles prophétiques traduites, fiche et commentaire du hadith d’Abû Bakrah رضي الله عنه.

Coran, sourate Al-Ḥujurât, 49:9-10, concernant la réconciliation entre croyants.

Coran, sourate An-Nisâ’, 4:93, concernant la gravité du meurtre intentionnel d’un croyant.

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